Révolution de la conscience révoltée:
Le Congo en ruines : une nation sans cap, un peuple sans voix
( 51 ème Tribune de Jonas Tshiombela)
Le pays des guerres sans fin et des souffrances sans nom*
La République Démocratique du Congo vit une tragédie silencieuse. Depuis plus de trois décennies, notre pays est pris dans les filets d’une guerre sans fin, imposée,entretenue et instrumentalisée. Les messages de haine tribale s’infiltrent jusque dans les veines de la nation, attisant la méfiance et brisant la fraternité. Pendant ce temps, des puissances étrangères occupent le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, pillant nos ressources, détruisant nos villages et réduisant des millions de Congolais à l’errance. Près de dix millions de morts, des milliers de femmes violées, des millions de déplacés internes : telle est la réalité de ce drame humain. Et pourtant, aucune justice, aucune réparation, aucune reconnaissance.L’histoire du Congo moderne ressemble à un cimetière d’espoirs étouffés. Comme le disait Patrice Lumumba: « L’histoire du Congo sera écrite non à Bruxelles, Paris ou Washington, mais au Congo, par les Congolais eux-mêmes.» Mais tant que la vérité sur les crimes, les pillages et les complicités ne sera pas dite, cette histoire restera inachevée, trahie, et le peuple congolais demeurera prisonnier d’un passé non réparé.
Une majorité au pouvoir plombée par ses propres démons
Au sommet de l’État, la majorité politique, censée incarner la stabilité et l’exemplarité, s’est enlisée dans les scandales financiers, la justice sélective et la mauvaise gouvernance. Le procès des « 100 jours », les dossiers de détournements, ou encore les affaires comme celle de Mutamba, symbolisent une gouvernance où l’éthique est sacrifiée sur l’autel des intérêts personnels. Au lieu de bâtir des institutions solides, le pouvoir ne semble pas prendre le taureau par les cornes, lmpunité et le clientélisme semble prendre la place de choix. Pendant que la population meurt de faim, certains s’enrichissent à la vitesse de la lumière. Le Congo est devenu un théâtre où la corruption s’habille en patriotisme et l’injustice se proclame en équité. Et pourtant, Nelson Mandela nous rappelait: « Être libre, ce n’est pas seulement se débarrasser de ses chaînes, c’est vivre d’une manière qui respecte et renforce la liberté des autres. » Hélas, nos dirigeants confondent la liberté politique avec la licence de détourner, d’opprimer et de régner sans rendre compte.
Une opposition divisée, sans colonne vertébrale
Face à cette dérive, l’opposition politique peine à incarner l’alternative.Fragmentée, contradictoire et souvent motivée par des ambitions personnelles, elle reflète la même crise morale que le pouvoir qu’elle critique. D’un côté, une opposition armée née à Nairobi, sous la bénédiction des parrains régionaux le Rwanda et l’Ouganda qui continuent de planifier la balkanisation du Congo sous prétexte de paix. De l’autre, une opposition civile éclatée :
- “Sauvons la RDC”, pilotée par Joseph Kabila, l’ancien président dont l’ombre plane encore sur les démons de l’AFDL et du M23.
- “Ensemble pour la République”, de Moïse Katumbi, prônant la paix mais manquant encore d’un cap national fort.
- “Lamuka”, de Martin Fayulu, dont la détermination est réelle mais dont le discours reste enfermé dans la dénonciation sans projet global de refondation.
Cette dispersion traduit une vérité brutale : le Congo n’a plus de boussole politique.L’élite politique, toutes tendances confondues, ne parle plus de la paix ni du peuple, mais de positions, de calculs et d’alliances de circonstance.
Les Églises et la société civile : un miroir fissuré
Même les Églises, jadis flambeaux de la morale publique, sont aujourd’hui divisées et souvent instrumentalisées.
La CENCO et l’ECC tentent de proposer un Pacte social pour la paix, mais leurs appels peinent à trouver écho dans une société fatiguée de promesses non tenues. Certaines confessions se sont compromises dans les affaires politiques, abandonnant la mission prophétique de vérité et de justice. Quant à la société civile, moteur historique de la conscience démocratique, elle est aujourd’hui fragilisée par les infiltrations, la récupération politique et la lassitude populaire.
Des initiatives de paix sans ancrage national
De Doha à Washington, les initiatives de paix se succèdent sans réelle cohérence.Elles ressemblent davantage à des spectacles diplomatiques qu’à des solutions enracinées dans la volonté des Congolais eux-mêmes.Aucune paix durable ne peut venir de l’extérieur tant que les Congolais n’auront pas défini eux-mêmes leur projet commun de réconciliation et de reconstruction. Comme le disait Martin Luther King Jr. : « La paix n’est pas simplement l’absence de guerre, c’est la présence de la justice. »Or, au Congo, la paix est traitée comme une récompense politique, non comme une exigence morale et humaine.
L’absence de vision : le plus grand crime contre la Nation
La tragédie congolaise n’est pas d’abord politique, elle est visionnaire. Nous manquons d’une vision nationale commune, d’un cap, d’un rêve partagé.Nous avons des partis, mais pas de projet. Des discours, mais pas de direction.Pendant que le monde avance, nous tournons en rond, prisonniers de nos querelles internes. Lumumba l’avait déjà prévenu : « Sans dignité, il n’y a pas de liberté, sans justice, il n’y a pas de dignité, et sans indépendance, il n’y a pas d’hommes libres. » Et Mandela complétait cette vérité universelle : « Un dirigeant véritable doit être prêt à tout sacrifier pour son peuple, pas à tout sacrifier son peuple pour lui-même. » Aucun peuple ne peut construire son avenir sans boussole morale et direction politique claire. Et tant que la classe dirigeante congolaise majorité et opposition confondues continuera de confondre pouvoir et mission, le Congo restera un géant sans âme.
Des pistes pour sortir du gouffre
Le Congo a besoin d’un nouveau contrat social, fondé sur la vérité, la justice et la réconciliation. Pour cela, plusieurs mesures s’imposent :
- Mettre en place une Justice Transitionnelle Nationale, pour juger les crimes de guerre, rendre justice aux victimes et restaurer la mémoire collective.
- Créer une Commission Vérité, Justice et Réconciliation indépendante, pour guérir la nation des blessures du passé et préparer un avenir commun.
- Nommer un Médiateur National de la RDC, personnalité morale et indépendante, chargée de faciliter le dialogue entre les institutions, les communautés et les forces politiques.
- Organiser un Dialogue National Inclusif et sincère, non pas pour se partager le pouvoir, mais pour redéfinir le projet congolais autour de la paix, de la dignité et du bien-être collectif.
- Refonder la gouvernance publique, en plaçant la transparence, l’éthique et la redevabilité au cœur de l’action politique.
Conclusion : un cri du cœur pour la renaissance congolaise
Le Congo n’a pas besoin d’un nouveau chef, mais d’une nouvelle conscience nationale. Il n’a pas besoin d’une opposition en colère, mais d’une génération de bâtisseurs. Il n’a pas besoin d’un discours de haine, mais d’un projet d’unité et de justice. Nous devons rompre avec la logique de la survie pour entrer dans celle de la vision collective. Le Congo ne renaîtra que lorsque ses fils et filles comprendront que la paix n’est pas un mot, mais une responsabilité commune. Martin Luther King Jr. disait : « Notre vie commence à s’arrêter le jour où nous devenons silencieux sur les choses qui comptent. » Et Mandela, dans un souffle d’espérance, affirmait : « Ce qui compte, ce n’est pas le changement du monde entier en un jour, mais le courage d’allumer une bougie dans les ténèbres. » Le Congo en ruines peut renaître de ses cendres. Mais cette renaissance exige la vérité, la justice et la vision. Sans elles, nous ne serons qu’une nation sans cap, et un peuple sans voix.


