Belgique : Des rues en hommage aux combattants Africains
Sous un ciel clément, s’est tenue, ce mardi 11 novembre 2025, la quinzième commémoration des combattants congolais de la Force Publique au Square François Riga à Schaerbeek. Organisé par Bakushinta, portée par la gardienne de mémoire Georgine Dibua , ce rendez-vous annuel a rassemblé un large public: de la société civile aux familles des anciens combattants, politiques de 3 à 77 ans et plus, venus honorer la mémoire de ces héros invisibilisés.
L’émotion était particulièrement vive lors de l’hommage rendu, en particulier au Soldat de 2ᵉ classe Isaac Mukoko Ndontoni, décédé à Kinshasa le 6 novembre dernier, à l’âge de 104 ans.
Détenteur de la médaille africaine de la guerre 1940-45, le vétéran appartenait au corps expéditionnaire de la Force Publique ayant servi en Nigérie, actuel Nigéria.
Un appel à la dignité, pas à la récupération politique

Si la cérémonie s’est déroulée dans le recueillement, certains partisans politiques congolais ont tenté de détourner l’esprit de l’événement en promouvant partis et figures politiques, sans gerbe ni hommage symbolique à la Force Publique.
Une attitude jugée déplacée par les personnes présentes et les organisateurs, qui rappellent que cette journée n’est pas un espace partisan, mais un temps de mémoire, d’unité et de responsabilité historique.
Les organisateurs appellent à une véritable implication des autorités congolaises dans la préservation et la valorisation de cette mémoire, notamment par la reconnaissance officielle des anciens combattants et le règlement des pensions jamais versées. Un dossier resté en suspens depuis 2006, lorsque André Flahaut, alors ministre belge de la Défense, avait reconnu la dette morale et financière de la Belgique, en réaction aux propos du député Georges Dallemagne :
« Un gouvernement précédent a versé à Mobutu une somme pour qu’il gère lui-même les pensions. Une somme qui s’est perdue. Après, on a demandé aux autorités congolaises de constituer une liste identifiant les anciens combattants. Une fois cela fait, on trouvera l’opportunité de verser ces pensions ».
Près de vingt ans plus tard, rien n’a changé.
Une voix pour la conscience souveraine
Dans son discours d’ouverture, la princesse Ytal bena Lumpungu, fondatrice d’aFreeKam – Centre de Narration Réparatrice, a rappelé que : « Ces 125 ans marquent le passage de la mémoire coloniale à la conscience souveraine. C’est un appel à la responsabilité collective : par l’enseignement, la recherche et les politiques de mémoire pour que la vérité devienne enfin un socle et non une menace ».
Un message fort, réaffirmant que la mémoire n’est pas une nostalgie mais un levier de souveraineté et de justice historique. Il convient de noter que l’absence remarquée du Gouvernement fédéral belge, pourtant tenu d’y être représenté chaque année. Une décision du Conseil des ministres stipule en effet que : « Le Service Égalité des Chances prend en charge l’organisation de la présence récurrente du/de la Ministre ou du/de la Secrétaire d’État à l’Égalité des genres, à l’Égalité des chances et à la Diversité à la commémoration de la bataille de Tabora le 11 novembre au Square Riga à Schaerbeek.
Le/la Secrétaire d’État ou le/la Ministre y représentera le Gouvernement fédéral, accompagné·e des collègues qui le souhaitent ».
L’an dernier, Marie-Colline Leroy, alors Secrétaire d’État à l’Égalité des chances, avait honoré cette disposition pour la première fois.
Cette année, aucune représentation officielle n’a été observée, malgré l’engagement institutionnel pris.
A.KAM


